Et si l'assemblée était dissoute?

Compilation des méthodes de prévision :

le duel Le Pen-Fillon confirmé sauf par les sondages

Bruno Jérôme, Véronique Jérôme.

20 avril 2017

Hémicycle de l'Assemblée Nationale

 

 

 

 

 

 

 

 

Scenario d’une dissolution


Dégringolade à gauche et victoire de la droite suspendue aux scores du FN et de l’abstention.


Par Bruno Jérôme et Véronique Jérôme-Speziari

 

Le 17 décembre 2014


Cela se confirme, la gauche serait laminée en cas dissolution, mais ce qui est moins sûr, c’est l’ampleur de la victoire de la droite qui pourrait être l‘otage du FN et d’une forte abstention. D’après notre modèle d’analyse et de prévision politico-économique ElectionScope®, aujourd’hui, en cas de dissolution de l’Assemblée Nationale il n’y aurait plus qu’une petite centaine de députés de gauche. De quoi faire réfléchir à gauche mais aussi à droite. En fonction de l’abstention, le FN pourrait être présent dans 38 à 148 circonscriptions au second tour.


 

Rappels méthodologiques et nouveautés du modèle des législatives ElectionScope® 

 

Le modèle de vote ElectionScope® repose sur certaines hypothèses que l’on peut résumer par ces quelques points : 

          -          L’analyse porte d’abord sur le sortant et donc sur la notion de responsabilité gouvernementale,

          -          L’électeur, qui est aussi un agent économique,  est supposé faire le bilan du sortant,

          -          Ce bilan repose sur trois composantes essentielles que sont :

 

   o    l’état de l’économie (à travers l’évolution du taux de chômage notamment),

   o      la conjoncture politique (résultats électoraux passés,  crédibilité de l’exécutif,

           paramètres institutionnels)

   o    la trajectoire du vote « partisan » dans les territoires.

 

-     On a ajouté un modèle du vote FN aux législatives (expliqué par la variation du chômage, les  caractéristiques d’implantation régionale, le vote passé et l’écart de crédibilité entre le FN et l’UMP),

-     On pose pour hypothèse que les électeursse comportent en moyennecomme ils l’ont fait par  le passé,

-          On pose également que les élections auraient lieu aujourd’hui,

-           le résultat des simulations électorales est le produit d’une réflexion préalable et renseignée

       quant  au choix des variables qui agissent sur les comportements de vote,

-         ces variables sont intégrées dans un modèle statistique de régression en données

       régionalisées  sur panel (Pooled time series) sur la période 1978-2012, ce qui permet de

       mesurer la qualité du    pouvoir explicatif du modèle de vote.

-       Les résultats du modèle sont par conséquent probabilistes, ainsi  les résultats estimés du vote  sont assortis d’une véritable marge d’erreur.

-           La modélisation du comportement de vote ainsi décrypté autorise ensuite l’élaboration

       d’un scenario    de prévision, agrémenté -le cas échéant- d’hypothèses supplémentaires

       (sur le niveau d’abstention    par exemple).

-           Le modèle expliquant les comportements de vote fournit les scores en voix pour la gauche,

       la droite et le FN,

-          un modèle dit de transfert (ou swing-ratio) transforme ensuite, les voix en sièges.

-           Enfin, on a ajouté au modèle de base, une équation donnant la probabilité de maintien

       du FN au    second tour, en fonction du score obtenu au premier tour.

 

 

La gauche laminée ? Points forts de l’étude

 

L’étude conduisant à la modélisation du vote porte sur les 539 circonscriptions de la France métropolitaine, pour la période 1978 à 2012 en données régionalisées[1].

Pour laisser la réflexion relativement ouverte, tout en la bornant pour plus de réalisme, les simulations en voix du modèle reposent sur deux hypothèses :

 

-   H1 : un taux d’abstention autour de 42%, comme observé en moyenne sur les législatives de 2012

-   H2 : un taux d’abstention de 54,6%, conforme à celui des européennes du 25 mai 2014.

 

Dans l’hypothèse d’abstention H2, le poids du FN (FN + Extrême droite) s’en trouverait renforcé. Il pourrait être présent dans 148 circonscriptions au second tour. Ceci constitue potentiellement son maximum. Mais, il faudra aussi compter avec  les victoires de la droite et de la gauche lors de duels ou de triangulaires, ce qui réduira les conquêtes du FN.

 Néanmoins, il ressort qu’une forte présence de l’extrême droite au second tour, favorisée par l’abstention réduirait la victoire de la droite, qui ne pourrait être majoritaire que de quelques sièges, en comptant sur les 38 sièges de l’outre-mer et des français de l’étranger. Dans ce scenario, la gauche obtiendrait un minimum de 108 sièges en métropole contre un minimum de 283 pour la droite et le centre.  

A l’inverse, une participation plus forte (H1) jouerait contre l’extrême droite, et en faveur de la droite et du centre, largement majoritaires avec un socle minimum de 372 sièges, mais aussi de la gauche qui pourrait obtenir au moins 135 sièges.

 

Analyse des résultats (sur 539 sièges en métropole)


Plombée par l’absence d’inversion de la courbe du chômage et par une crédibilité déficitaire record sous la Vème République, la gauche sortante se voit attribuer 36,4% des voix et un minimum de 135 sièges par la simulation électorale ElectionScope ®, avec un taux d’abstention moyen de 42%.

 Dans l’hypothèse d’une abstention de 54,6% comme lors des Européennes de juin 2014, la gauche recueillerait  34,1% des voix et un minimum de 108 sièges. Quelques sièges supplémentaires peuvent être « grappillés » à l’occasion de victoires en triangulaires.

 La droite « classique » et le centre emporteraient de leur côté 48,3% des voix et un minimum de 372 sièges avec un niveau d’abstention de 42%. En revanche, avec une abstention de 54,6% la droite ne recueille plus que 45,3% des voix et un minimum de 283 sièges en métropole. La majorité absolue sera à chercher dans le contingent des 38 sièges réservés à l’outre-mer et aux français de l’étranger, et/ou sera obtenue grâce aux duels ou triangulaires provoqués par la présence du FN.

 Si l’abstention tourne autour de 42%, le FN obtiendrait 15,3% des voix et un nombre de sièges compris entre 0 et 32 en métropole avec quelques chances de réussite en Franche-Comté, Languedoc-Roussillon, Lorraine, Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes. Le score simulé par le modèle peut surprendre au regard des dernières enquêtes d’opinion où le FN pointe en moyenne à 28% dans la perspective des départementales et des régionales 2015.

 Reste que l’enjeu des législatives est en principe différent de celui des élections locales de mi-mandat. Par ailleurs le modèle enregistre les bénéfices de la réduction de l’écart de crédibilité entre le FN et les partis de gouvernement, mais dans le même temps le parti de Marine le Pen se voit électoralement freiné par le ralentissement de la hausse du chômage depuis décembre 2013.

Il n’en reste pas moins que dans le cas d’une abstention à 54,6%, le FN passerait à 20,6% des voix et pourrait se maintenir dans 148 circonscriptions dont 108 virtuellement disputables.

 

 

Conclusion


Même si le scenario d’une dissolution reste pour l’heure improbable, la simulation ElectionScope  raisonne néanmoins comme un signal à destination des partis de gouvernement dans la perspective des deux scrutins de 2015 qui ne manqueront pas d’être fortement « nationalisés », à l’image d’élections barométriques. Ainsi, le FN apparaît bien comme l’ennemi avéré de la droite mais aussi - et c’est un fait nouveau qui ne cesse de se confirmer depuis la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot[2] - l’ennemi de la gauche socialiste.

 Notons que nombre de duels UMP-FN devraient se solder par un résultat analogue à celui de la troisième circonscription de Troyes (14/12/2014) mais il faudra surveiller les régions où notre simulation accorde au moins 24% des voix au FN au premier tour en cas de très forte abstention (Champagne-Ardenne, Picardie, Languedoc-Roussillon et Paca).

 Au-delà, et dans la perspective de la présidentielle de 2017, ces résultats démontrent la nécessité pour les électeurs des partis de gouvernement, de ne pas se tromper de candidat face à Marine le Pen… (on pense ici au processus de primaires).



[1] 555 sièges en métropole puis 539 sièges depuis 2012. Pour l’heure nous n’avons pas modélisé les territoires ultramarins ni, -faute de recul historique-  le vote des français de l’étranger.

[2] 16 juin 2013