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Prévision politico-économique des départementales 2015 (modèle agrégé)

 

Départementales 2015 : pourquoi les duels Droite-FN pourraient conditionner la taille de la vague bleue

 

 

Le lundi 23 février 

 

Véronique Jérôme-Speziari

Bruno Jérôme

 

Notre modèle ElectionScope-départementales 2015, propose une analyse politico-économique globale du scrutin des 22 et 29 mars prochain. L’estimation des voix donne au bloc de l’opposition [Droite + Centre (UDI + MoDem) + FN] un potentiel électoral moyen de 57,7% des voix au premier tour (figure 1). En tenant compte de la marge d’erreur cela conduit à un score compris dans une fourchette de  56,4 à 59%. La borne supérieure de la prévision, se rapprocherait du score obtenu par le bloc des Droites et du Centre en mars 1985 (59,4%). 

 

(Voir la méthodologie et la logique du modèle -> ce lien)

Au sein de cet ensemble, la prévision accorde en moyenne 25,8% des voix au Front national, soit 10,6 points de plus qu’aux cantonales de 2011. En conséquence il reste 31,9% des voix à répartir entre l’UMP, le Centre-droit (UDI) et le MoDem. Globalement, ce score serait de 6,8 points inférieur à celui de 2004 et inférieur de 3,2 points à celui de 2001 (figure 2 et figure 3). 

Cette trajectoire déclinante de la Droite et du Centre face au FN n’a été endiguée qu’en 2008 alors que l’UMP surfait encore sur la « ponction » opérée par Nicolas Sarkozy sur l’électorat de Jean-Marie le Pen lors de la présidentielle de 2007. Aux cantonales 2008, le FN atteignait 5% des suffrages et le bloc du  Centre et de la Droite dominait avec 46,9% des voix. Le « mano a mano » entre la Droite classique et le FN sera bel et bien l’un des enjeux du scrutin de mars prochain.

Ainsi, le score du bloc des Gauches pourrait s’établir entre 41% (hypothèse basse), 42,3% (hypothèse moyenne), voire 43,6% (hypothèse haute). C’est en moyenne un peu moins de 7,5 points de moins qu’en 2011, date du meilleur score à des cantonales depuis l’élection de François Mitterrand en 1981. Si l’hypothèse basse se confirmait, la Gauche se rapprocherait de son pire score jamais atteint à des cantonales sous la Vème République (40,5% en 1985).

Ainsi, la prévision du modèle attribuerait 35% des présidences d’assemblées à la Gauche contre 59% en 2011 (figure 5). Cette situation ne serait pas aussi catastrophique que pendant la période 1985-1994 où la Gauche n’administrait plus que 21% des départements.

Ainsi, mathématiquement la Droite et le Centre seraient les grands vainqueurs du scrutin, reste à préciser l’ampleur de cette victoire en termes de présidences de départements, victoire conditionnée aux duels (voire aux quelques triangulaires) qui seront gagnés par le FN  (comme nous allons le démontrer plus loin). 

La modélisation de la transformation des voix en sièges se solde par une déroute pour la Gauche avec 25% des sièges (soit 514 cantons sur 2054) contre 60% en 2011 (figure 4). Jusque là, la pire performance de la Gauche remonte à 1992 avec 28,8% des sièges. Un tel score ne peut qu’entraîner la perte de nombreuses présidences parmi les assemblées départementales.

Les conséquences de la percée électorale du FN restent pour l’heure difficiles à envisager précisément. Combien de sièges le FN va-t-il emporter ? Cela pourrait-il compromettre des victoires « assurées » à la droite dans certains départements ? Le FN peut-il ravir une ou plusieurs présidences d’assemblées départementales, on songe au Vaucluse, au Var, à l’Aisne ou au Pas de Calais par exemple. En un mot pourrait-on retrouver, par comparaison, une situation analogue à celle rencontrée lors des régionales 1992 et de 1998, lorsqu’il s’est agi d’élire les présidents de régions avec un FN devenu dans certains cas le pivot de l’élection ?

 L’inconnue est d’autant plus grande que jusqu’ici, le FN n’a pas pu arracher plus de 3 sièges aux cantonales (3 sièges en 1994 et 1998; 2 sièges en 2011), au scrutin majoritaire à deux tours, même lorsqu’il était fortement représenté au second tour comme en 2011 (399 maintiens dont 394 duels). Cette fois-ci le FN pourrait s’appuyer sur quatre paramètres décisifs :

  • Un score élevé et inédit à des départementales
  • Un taux de candidatures avoisinant les 95% pour l’ensemble des cantons,
  • Une abstention élevée, autour de 55%, qui placerait la barre à 27,8% des exprimés pour se maintenir au second tour,
  • La division à Gauche ou à Droite provoquant l’éparpillement des voix au premier tour.

Nous pouvons chercher à lever l’incertitude sur au moins deux points :

  • Le taux de maintien théorique au second tour et la proportion duels-triangulaires.

Ainsi, après avoir estimé une relation simple mais extrêmement significative entre le score du FN et le taux de maintien de ses candidats au second tour, nous parvenons à une hypothèse moyenne de 38,1% de maintiens au second tour dans l’ensemble des cantons soit 783 cas (figure 8). Par comparaison, en 2011, le FN avait pu maintenir des candidats dans 19,7% des cantons. Auparavant, les trois meilleures performances du FN, (1992, 1998 et 2004) n’avaient jamais excédé plus de 15% de maintien, en raison de son incapacité à présenter des candidats partout (figure 6).

Enfin, compte tenu de la marge d’erreur, le taux de maintien pourrait monter jusqu’à 40,6% soit 834 cas possibles en mars 2015. Reste alors la question centrale de la structure de ces maintiens : combien de duels et de triangulaires?

Avec notre hypothèse moyenne d’une participation à 45%, le seuil de 12,5% des inscrits à franchir pour accéder au second tour devient 27,8% des exprimés (figure 7). Pour la Gauche, comme pour la Droite et le Centre, la désunion a de fortes chances de se solder par une élimination à l’issue du premier tour. Ceci alors même que le FN se situerait déjà, et en moyenne, autour de 26% des suffrages exprimés.

La conséquence serait alors une proportion très forte de duels avec le FN et beaucoup moins de triangulaires que par le passé. Partant d’une hypothèse moyenne de 38,1% de maintien du FN au second tour sur l’ensemble des cantons, notre estimation envisage 29,9% de duels et 8,2% seulement de cas de triangulaires (soit environ 614 duels et 169 triangulaires) (figure 9). On peut imaginer que ces situations seront concentrées dans les places fortes du FN comme le Vaucluse, le Var,  l’Aisne,  le Pas de Calais. Mais il faudra surveiller le Nord, la Marne, la Moselle, la Meuse, la Haute Marne, le Gard, l’Hérault, la Somme et l’Oise. 

La couleur politique de certains départements dépendra de beaucoup de la faculté du FN à gagner ses duels. Elle dépendra aussi de la stratégie de l’UMP et du PS déchirés entre le ni-ni, le front républicain et les calculs politiques.

Ainsi, des cas déjà rencontrés lors des législatives partielles vont se multiplier. Même si ce panel n’est pas représentatif, on note que sur les 9 élections qui se sont déroulées en métropole, la Droite était 6 fois sortante. Celle-ci a remporté trois duels face au FN et deux face à la Gauche. Le troisième cas étant un duel interne à la Droite. De son côté, la Gauche était sortante trois fois. Elle fut battue 1 fois lors d’un duel Droite/Gauche et victorieuse une fois dans un duel PS/FN (législative du Doubs). Dans le troisième cas, elle fut éliminée au premier tour, la Droite emportant le siège en duel contre le FN.

De là on en tirera quelques enseignements :

  • La propension de la Gauche à être éliminée au premier tour en cas d’abstention forte. Depuis la législative partielle du Doubs ce phénomène gagne aussi la Droite classique.
  • L’abstention propulse la FN au second tour lorsqu’il atteint au moins un quart des suffrages exprimés
  • Le FN a toutes les difficultés à s’imposer en duel au scrutin majoritaire à deux tours. La Droite classique ayant une plus grande faculté à l’emporter que la Gauche.

 

Notre projection agrégée envisage « mathématiquement » un gain de 23 présidences pour les Droites. Reste à savoir pour quelles Droites, et combien échapperont à l’UMP et à l’UDI en fonction du nombre élevé ou non d’élus du FN. Nous reviendrons sur cette question dans le détail des départements prochainement.

 Reste que d’après notre simulation, le succès attendu de la Droite et du Centre dépendra du nombre de duels gagnés face au FN.

Le 20 février 2015 le journal Le Monde titrait « c’est eux ou nous » à propos de l’état d’esprit de l’UMP à l’horizon des départementales 2015. Les cadres  de l’UMP ne croient pas si bien dire…

 

 

Annexes