Remaniement raté, popularité plombée!

Au plus mauvais moment?

        

Bruno Jérôme

Véronique Jérôme

 

22 février 2016

Crédits photo: Best Image (C)

Sous la Vème République, rares sont les remaniements qui ont été porteurs de gains en crédibilité pour le Président en place. Sur l’ensemble de la période, l’écart moyen entre la popularité « pré » et « post-remaniement » revient à une perte (- 2,2%). Seuls Charles de Gaulle en 1968  et Nicolas Sarkozy en 2010, voire dans une moindre mesure, François Mitterrand en 1992, ont évité une situation d’échec.

 

Parmi les quatre cas de pertes de popularité les plus importants[1], François Hollande apparait à deux reprises, en 2014 et en 2016 avec -5 points à chaque fois. Il y a certes peu de gains à attendre d’un remaniement en termes de crédibilité, mais cette fois-ci, François Hollande est dans une situation plus délicate que ses prédécesseurs. 

 

Trop calculé pour les uns, pas assez pour les autres, le dernier remaniement entraine l’altération de la popularité du Président à un bas niveau (19% de satisfaits) au plus mauvais moment, c’est à dire à 14 mois de la présidentielle.

 

Pour mémoire (données Ifop), et en ne considérant que les présidents sortants battus, 14 mois avant l’échéance, Valéry Giscard d’Estaing comptait 47% de satisfaits (en 1980) et Nicolas Sarkozy 29% (en 2011).

 

[1] Chirac en 2006 (-12), Valéry Giscard d’Estaing en 1976 (-6), Hollande en 2014 (-5) et Hollande (-5) en 2016.

Un déficit de sympathie peut-il plomber une élection ? Retour sur 2012 et perspectives pour 2017.

 

Parution intiale sur le Blog ElectionScope de FranceTV info le 28/11/2014

 

Si Nicolas Sarkozy n’a pas gagné en 2012, c’est finalement … de sa faute. Dans ce cas précis d’un scrutin annoncé serré notre modèle ElectionScope est en mesure de démontrer l’impact décisif d’un facteur explicatif manquant : le degré de sympathie accordé aux candidats. Ainsi, ce serait bien à cause de ce déficit de sympathie du Président sortant par rapport à François Hollande que le résultat a basculé et que l’élection lui a finalement échappé.

 

 

L’élection de 2012 s’est jouée à la marge, et sur le déficit de sympathie du sortant

En mesurant et en interprétant l’écart de popularité entre le sortant et son principal prétendant à la veille du premier tour de l’élection présidentielle, le verdict est brutal. François Hollande a bénéficié d’un excédent de sympathie (au sens d’une crédibilité bienveillante) de près de 20 points sur Nicolas Sarkozy (52% contre 33 % de satisfaits Sofres avril 2012). Cet écart a été déterminant. En effet, à un mois de l’élection notre modèle donnait 50,3% au sortant mais, si l’on avait tenu compte de ce déficit de sympathie de Nicolas Sarkozy sur François Hollande, le score tombait à 49,6% (contre 48,8% réalisé en métropole). Nous avons là le chaînon manquant pour une explication des comportements de vote, en particulier lorsque le jeu est serré. A côté des facteurs politiques et du bilan de la politique économique du sortant dressé par les électeurs, il y a bien un facteur de nature plus psychologique qui entre en ligne de compte de façon plus ou moins contrôlée par les électeurs.

 

Quand les cotes de popularité révèlent les états d’âme

Avec les cotes popularité, il devient possible d’entrevoir l’effet des attitudes politiques sur le ressenti des électeurs et leur affect (état d’âme). C’est un peu comme si les électeurs faisaient le benchmark des candidats pour retenir, plébisciter celui qui les apaise le plus, celui qui les agresse celui qui les agressecelui qui les agresse le moins (au sens figuré). 

En 2012, il semblerait que François Hollande plus populaire que Nicolas Sarkozy ait plus « rassuré » avec sa posture de candidat « normal » en réaction à « l’hyper président » sortant, qui inquiétait plus qu’il n’apaisait, allant même jusqu’à provoquer l'amplification du Sarkozy bashing durant la campagne. 

 

En France sous la Vème République (voir graphique 1), l’élection présidentielle s’est jouée de peu en 2012 mais aussi en 1974, Valéry Giscard d’Estaing l’emportant avec seulement 50,7% des voix; mais il bénéficiait d’un surplus de popularité sur François Mitterrand de 3%. En 1981, 1988, 1995 et 2007, François Mitterrand (par deux fois), Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont bénéficié eux aussi d'un excédent de popularité sur leur principal challenger trois semaines avant le premier tour. Mais leur victoire, à chaque fois confortable, avait déjà été conditionnée par des facteurs purement économiques et politiques. En conséquence, les problèmes d'affect n'auraient pas changé le cours des choses. L'année 2002 reste la seule exception dans ce tableau puisque Lionel Jospin est éliminé par Jean-Marie le Pen au premier tour alors qu'il bénéficie de 7 points d'excédent de popularité sur Jacques Chirac début avril.

 

Etre sympa ne suffit pas pour gagner une élection, mais cela peut aider si elle est serrée

Lorsqu’un scrutin s’annonce serré, le candidat jugé le plus sympathique a un véritable atout pour faire basculer le scrutin à son avantage. Un résultat à cogiter pour 2017… et pour l’heure à droite, à ce petit match, c’est Alain Juppé qui semble tenir la corde. Il est parmi les principaux candidats de droite (François Fillon est aussi candidat déclaré et Nicolas Sarkozy candidat probable) celui qui creuse le plus l’écart, quel que soit le candidat de gauche. Si l’élection avait lieu aujourd’hui il devancerait François Hollande de 27 points de satisfaits, puis Martine Aubry et Manuel Valls de 10 points de satisfaits (voir Tableau 1). Alors que, de leur côté, Nicolas Sarkozy et François Fillon accuseraient un léger retard sur Martine Aubry et Manuel Valls, mais pas sur François Hollande.

 

 

Si une présidentielle serrée devait avoir lieu aujourd’hui, le candidat ayant le capital de sympathie le plus élevé serait Alain Juppé. Et s’il n’était finalement pas candidat, les chances d’un Sarkozy ou d’un Fillon candidats seraient conditionnées à la candidature de François Hollande, pour l’heure le moins bon « cheval » pour la gauche !

 

 

Popularité des Présidents sous la Vème République : quelques enseignements de la courbe des satisfaits

 

Par Véronique Jérôme-Speziari

et Bruno Jérôme

 

20 décembre 2014

 

[Article publié sur le site de Francetv info le 15 avril 2014]

 

 Près de 3 français sur 4 satisfaits de Charles de Gaulle

En février, puis à nouveau en mai 1960, 74% des français interrogés se disent satisfaits de Charles de Gaulle, et seuls 17% resp. 18% sont mécontents. Depuis lors plus aucun Président ne sera capable d’établir un tel record et de dépasser les 70%.

 

 De 1958 à 1984 : lent déclin de la popularité, l’amplitude est de 46% !

La courbe va durablement s’orienter à la baisse de 1958 à décembre 1984, pour atteindre un des points bas avec 28% de satisfaits de François Mitterrand. C’est la fin de l’union de la gauche, les communistes ne sont plus au gouvernement, les municipales de 1983 furent un échec, comme le seront les Européennes de 1984 et les cantonales de 1985.

 

Une popularité instable marquée par une courbe en W

Suivra une courbe en W comme disent les chartistes de mi-1986 à 1998. Elle atteste du caractère instable de la popularité. C’est une période particulière, marquée par la première cohabitation– Jacques Chirac est nommé le 20 mars 1986-. En mars 1991, on observera une brève remontée de 47% à 56% mais dès le mois d’avril la popularité présidentielle retombera à 47% puis s'orientera de nouveau à la baisse jusqu'à un point bas à 22% en décembre 1991. Puis viendra la seconde cohabitation pour François Mitterrand, qui nomme Edouard Balladur, Premier ministre à l’issue de la sanglante défaite socialiste aux législatives de mars 1993.

Paradoxalement, c’est plutôt au sein même de la majorité présidentielle que naîtront les conflits. C’est aussi l’annonce d’une autre cohabitation.

 

L’ère Chirac : une cohabitation qui ne semble pas affecter la popularité présidentielle

Partant de 59% en mai 1995, l’état de grâce fait long feu, en août le Président a déjà perdu 20 points. A partir de juillet 1998, la courbe des satisfaits de Jacques Chirac repasse durablement au-dessus des 50% (on parlera d'effet Coupe du Monde, mais cela reste réducteur), et cela durera jusqu’à janvier 2004. Seules petites exceptions, à 49% lors de la présidentielle de mai 2002, puis en octobre et novembre 2003.

 

La décennie 2004-2014, une nouvelle courbe en W avant l’amorce d’un « plongeon »

 

La crise financière internationale de 2008 en affaiblissant l’économie française et en soulignant les limites de l’efficacité des mesures de politique économique va impacter la popularité de Nicolas Sarkozy. La courbe passera sous la barre des 50% puis, sous le seuil de long terme 43,8% (correspond à "l'ère des crises" 1974-2014). Le sortant perd la présidentielle de 2012. Mais pour François Hollande l’état de grâce sera très court, partant de 61% de satisfaits en mai 2012 il ne sera plus qu’à 43% en septembre 2012.

 

Seulement 2 français sur 10 satisfaits du Président

Depuis c’est une lente « descente aux enfers ». On croyait le record atteint en novembre 2013 et février 2014, lorsque le Président ne récoltait plus que 20% de satisfaits. Le remaniement gouvernemental et le changement de Premier ministre, n’ont pas suffit à effacer les traces du vote sanction des dernières municipales. Avril 2014, François Hollande vient de battre son propre record avec 18% de satisfaits.

 

Alors, finalement Manuel Valls sera-t-il le « pompier » de la popularité de François Hollande ?

Pour l’heure, rien n’est moins sûr. Il faudrait que le Premier ministre soit populaire dans la durée. Or, pour cela il n’y a qu’un seul « remède » la crédibilité et la cohérence temporelle de la politique économique comme disent les économistes. Ce qui signifie qu’il ne suffit pas de promettre, encore faut-il pouvoir tenir. C’est-à-dire être en mesure d’afficher  résultats économiques rapides et visibles, conformes aux annonces.