Le foot pourra jouer sur la popularité mais pas avant ... 2018 !

 

ELECTIONSCOPE® Vous dit pourquoi 

 

 

Bruno Jérôme

Véronique Jérôme

 

Le 6 juin 2016

 

 

Certains s’étonnent encore aujourd’hui des tentatives diverses visant à « politiser » les grands évènements footballistiques. Cependant, on constate aussi que l’exécutif est toujours prompt à accompagner, voire à récupérer, la ferveur populaire autour des évènements sportifs internationaux tels que le Mondial ou l’Euro de Football.. 

 

Dès lors la question se pose de savoir si François Hollande pourrait profiter pleinement d’une victoire des bleus à l’Euro 2016 ? Ou à tout le moins, si l’amélioration du moral des français consécutive à d’un tel succès, pourrait favoriser un retour en grâce ?

 

Du pain et des jeux

 

Cette interaction entre les jeux et la politique remonte au moins à la Rome antique et aux satires du poète Juvenal à qui l’on doit la formule  Panem et circenses (du pain et des jeux). L’objectif de l’Imperator était d’offrir au peuple « divertissements » et combats de gladiateurs pour afficher puissance, générosité et conforter sa popularité, tout en détournant l’attention du « bon peuple »  des tensions de toutes natures qui fragiliseraient  son pouvoir.

 

Les buts des bleus font-ils monter la popularité de l’exécutif ?

Pour revenir à l’ère contemporaine,  nous avons encore en tête les 15 points de popularité récoltés par Jacques Chirac (et les 7 points pour Lionel Jospin le Premier ministre en cohabitation, source Ifop) lorsque les Bleus ont gagné le Mondial en 1998. Depuis lors, tout chef d’Etat en manque de popularité rêve de ces grands évènements footballistiques pour se relancer.

 

Dans les trois premiers au mondial… sinon rien !

 

Cet objectif n’est pas infondé puisque un lien empirique étroit semble apparaitre entre la place obtenue par les bleus depuis 1986 à la coupe du monde et la variation de la popularité du Président avant et après l’évènement (voir graphique 2). Ceci à un point tel que l’on pourrait s’amuser à en donner la formule mathématique :

 

Variation de la popularité = 11,71 -3,53 x Ln (Place obtenue par les bleus au mondial)[1]

 

Cependant, pour obtenir un bond en popularité significatif, il faut que les bleus obtiennent au moins la troisième place. Ainsi en 2014, les bleus terminent 6èmes et la popularité de François Hollande ne varie pas (18% de satisfaits en mai et 18% fin juillet 2014).

En revanche, les Présidents François Mitterrand puis Jacques Chirac voient leur popularité grimper, après la 3ème place des bleus en 1986 et, leur 2ème place en 2006.

 

Il n’y a pas que le foot…it’s the Economy stupid ! (il y a aussi l’économie)

 

Mais le football est-il le seul responsable dans tout cela ? En effet, rappelons qu’en 1986 et 2006 la croissance était de 2,4% et elle atteignait 3,4% en 1998. En revanche lors des années mornes sur le plan sportif, la croissance était de 1,1% en 2002, 2% en 2010 et de 0,6% en 2014.

 

Les bleus ne font pas la popularité …mais ils y contribuent

 

Ainsi, si les succès des bleus ne font pas la crédibilité du chef de l’Etat, ils offrent au moins une « prime » de popularité qui complète le socle dû à la (bonne) santé de l’économie. Lorsque les bleus gagnent en 1998, l’économie et le moral des français sont dores et déjà orientés à la hausse.

Ce qui est vrai pour le mondial vaut-il pour l’Euro ? non, car l’euro est une affaire d’aficionados

Le premier Euro (Coupe d’Europe des Nations) a eu lieu en France en 1960 et l’équipe des Vincent, Herbin, Wisnieski et Jonquet a terminé 4ème. Depuis 13 éditions ont eu lieu avec une notoriété et un effet mémoire variables comparés à la coupe du monde, surtout depuis 1970, essor des retransmissions télévisées oblige. Certes la génération qui a grandi dès 1974 avec les exploits des « verts » ou de la dream team de Cruijff se souvient des deux finales de l’Euro remportées par la France en 1984 (génération Platini) et en 2000 (génération Zidane), voire peut-être de la somptueuse finale Pays-Bas-URSS de 1988 remportée par les oranje de Gullit et Van Basten. Mais l’Euro, jusqu’à présent, est resté l’affaire des aficionados du football. 

 

Seule la victoire de 1984 coïncide avec un "petit mieux" de popularité  

 

Dès lors, lorsqu’on croise la variation de la popularité du chef de l’Etat avant et après l’Euro et la place obtenue par les bleus depuis 1984 à l’Euro, seuls deux points apparaissent cohérents (voir graphique 1). En 1988, la France est éliminée dès les qualifications (et termine de fait 23ème de la compétition), ce qui correspond à une baisse de popularité de François Mitterrand de 5 points. En 1984, la France gagne l’Euro, ce qui correspond à une hausse de popularité du même François Mitterrand de 1,5 point. Au total, on n’observe pas de lien empirique entre l’Euro et la popularité. La victoire des bleus en 2000 correspond même à une baisse de popularité de Jacques Chirac de 4 points avant et après l’évènement.

Enfin, contrairement au Mondial, l’Euro ne génère pas de prime de popularité lorsque la croissance économique est bien orientée.

Si l’on en croit la chronique du passé, François Hollande ne doit pas s’attendre à un rebond spectaculaire de popularité en « accompagnant » la route des bleus vers la finale. Sa faible crédibilité actuelle repose pour l’essentiel sur le jugement des citoyens-électeurs quant à sa gestion de l’économie. A cela s’ajoute un contexte « lourd » imprimé par les tensions sociales, les intempéries et les craintes d’attentats autour des « fan-zones ».

 

Le foot pourra jouer sur la popularité….mais pas avant 2018

 

A moins d’un changement radical dans les comportements, il semble que le Président ne puisse rien attendre du foot avant 2018, date du Mondial en Russie.

 

Mais,  un an après la présidentielle, qui sera le Président qui en bénéficiera ?

 

 

[1] Ln : logarithme népérien

 

Crédits : nationspresse.info

Coupe du monde de Football : les résultats des bleus peuvent-ils faire rebondir un Président impopulaire ?


 

Notre étude sur le blog ElectionScope de francetv info à lire ici