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Présidentielle 2017

 

 

Indice de Prévision Composite ElectionScope

 

Duel Le Pen - Fillon au second tour

 

Bruno Jérôme, Véronique Jérôme.

18 février 2017

L’Indice de Prévision Composite ElectionScope combine, en leur attribuant les mêmes poids, la compilation des enquêtes d’intention de vote et le nowcasting issu de notre modèle politico-économique (voir article du 12 février 2017).

Les prévisions par candidats s’appuient en outre sur les rapports de force internes à chaque « bloc » politique tels qu’ils sont révélés par les intentions de vote (prises en moyenne).

Prochaine prévision : le 25 février 2017

Qualification au second tour de la présidentielle: pourquoi rien n’est joué ?

Les enseignements de la divergence entre modèles et sondages

Bruno Jérôme, Véronique Jérôme

le 12 février 2017

 

Prévisions du nowcasting versus intentions de vote

Notre dernière prévision de la présidentielle 2017 effectuée en nowcasting donne 38,7% des voix au bloc de gauche contre 37,8% au bloc de la droite et du centre et 23,8% au Front National.

Si l’on prend en compte les rapports de force internes à chaque bloc, avec un potentiel électoral de 29,5%, François Fillon devancerait Marine le Pen (23,8%), Emmanuel Macron (16,1%), Benoît Hamon (11,7%) et Jean-Luc Mélenchon (8,7%).

Les prévisions en nowcasting produites « au fil de l’eau » (tous les trimestres puis mois par mois) contrastent singulièrement avec les projections agrégées sur huit instituts de sondages.

En février, ces derniers font apparaitre un score agrégé de 50,7% pour le bloc de gauche contre 24,3% pour la droite et le centre et 24,9% pour le Front National. Dans le détail et en moyenne, forte du score précédant, Marine le Pen devance Emmanuel Macron (21,3%) et François Fillon (18,9%). De son côté, Benoît Hamon totaliserait 15,4% des voix devant Jean-Luc Mélenchon (11,5%).

A noter que les prévisions en nowcasting restent proches des sondages agrégés s’agissant de Marine Le Pen.

Néanmoins, comment expliquer certains écarts spectaculaires d’une méthode à l’autre en ce début février ? Et qu’en déduire sur les projections du duel de second tour ?

 

Comment expliquer les écarts entre les deux méthodes ?

 Les prévisions des modèles reposent sur des déterminants essentiellement objectifs et rationnels (variation du chômage, élections passées, zones de force régionales) et quelques facteurs subjectifs (crédibilité de l’exécutif, popularité des leaders politiques). Ces prévisions ne peuvent d’ailleurs pas être interprétées en dehors des hypothèses qui les fondent. Elles reposent en outre sur une marge d’erreur. Il s’agit par conséquent d’une démarche probabiliste. Ainsi, si les électeurs votent en moyenne selon les mêmes critères que dans le passé, la prévision devrait approcher, en l’anticipant, le score réel.

Les intentions de votes des sondages peuvent être sujettes à certains biais d’actualité où l’émotion éprouvée par les interviewés peut jouer un rôle important dans la construction des rapports de forces potentiels en un point du temps. A ce titre, les affaires révélées dans les médias et répercutés par les réseaux sociaux, les petites phrases, les images choc relatives aux problèmes de sécurité intérieure (comme extérieure), peuvent influer sur les réponses et traduire in fine plus un jugement de valeur qu’une intention de vote. Un biais de négativité apparait alors au détriment de certains candidats victimes du phénomène d’asymétrie du blâme[1]. On ne peut écarter non plus l’apparition d’un effet « concours de beauté » ou certaines personnes interviewées répondraient en conformité avec ce qu’ils pensent être l’opinion dominante du moment. Enfin une certaine « spirale du silence » n’est pas à écarter. Dans ce cas la non révélation de ses vraies préférences et intentions par crainte d’avouer soutenir un candidat chahuté alimente un vote caché.

Ces différences de fond expliquent en partie pourquoi les deux méthodes divergent radicalement en ce début de mois de février au point de ne plus converger quant au probable duel de second tour.

La persistance des déterminants « lourds » du vote face aux « affaires »

Jusqu’en janvier 2017, nowcasting et sondages entrevoyaient un duel Le Pen-Fillon au second tour. Début février, les sondages penchent pour un duel Macron-Le Pen.

Même s’il est hasardeux de penser que le « Fillongate » n’aura aucune répercussion sur le vote des électeurs en avril prochain, on ne doit pas oublier que le vote repose aussi sur des facteurs rationnels jouant un rôle décisif parmi lesquels, les programmes des candidats, mais surtout, la perception de la situation économique (globale et personnelle) et le bilan des sortants.

Que change la comparaison des programmes des candidats ?

Ainsi, en se rapprochant de l’échéance du 17 mars (date de dépôt des candidatures), l’impact des affaires devrait passer derrière le débat sur les programmes auprès des électeurs de droite et du centre qui attendent l’alternance.

A ce titre, les programmes des principaux candidats sont connus à l’exception de celui d’Emmanuel Macron qui tarde à le dévoiler par soucis tactique. Son positionnement « ni à droite ni à gauche » lui permet de progresser dans les intentions de vote avec une absence de programme qui « vaut programme ».  Il joue en réalité sur une double « triangulation »[2] qui, dans les sondages, affaiblit pour l’heure Benoît Hamon à gauche et François Fillon à droite.

Mais une fois son programme dévoilé, Emmanuel Macron ne pourra pas échapper au phénomène de polarisation. Un programme biaisé à droite chassera une partie de ses soutiens socialistes vers Benoît Hamon tandis qu’un programme biaisé à gauche renforcera François Fillon. Quant à oser le « double biais », la déperdition n’en serait que plus forte des deux côtés du spectre politique.

N’oublions pas le fardeau du bilan

François Hollande ayant fait le choix de ne pas l’assumer et Manuel Valls étant sorti du jeu, quel est le poids réel du bilan dans le jugement des électeurs ?

Benoît Hamon, ministre de mai 2012 à août 2014, a été élu pour son profil de frondeur lors de la primaire mais Investi par le camp des sortants. Il ne pourra donc pas échapper au bilan.

Emmanuel Macron, secrétaire adjoint de la présidence puis ministre de l’économie de mai 2012 à août 2016, tente lui aussi d’échapper au bilan jusqu’à aller au « déni de bilan ». Mais dévoilant son programme après tous les autres candidats, il redeviendra pour ses adversaires, sur sa gauche comme sur sa droite, un représentant de l’équipe sortante, lui aussi.

Diversifier les outils de prévision

Dans la mesure où les évènements politico-juridiques du début février risquent d’affaiblir un peu le poids des déterminants rationnels du vote, nous avons choisi d’agréger les prévisions du nowcasting et la compilation intentions de vote, pratique notamment utilisée par Pollyvote.


[1] L’intensité de la sanction est toujours supérieure à celle de la récompense.

[2] La triangulation est une tactique consistant à s’approprier certaines des idées de ses adversaires pour mieux les déstabiliser.

 

Le duel Fillon-le Pen toujours envisageable

Il en ressort que le bloc de gauche représenterait 44,5% des voix contre 31,1% au bloc « droite et centre ». Le FN obtiendrait de son côté 24,35% des voix. Et par candidat, Marine le Pen devancerait François Fillon (24,2%) et Emmanuel Macron (18,68%).

Les déterminants « lourds » du vote l’emportant sur les comportements émotionnels révélés dans les intentions de vote, l’hypothèse d’un duel Fillon-Le Pen reste toujours envisageable.