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Courbe des demandeurs d’emplois et cycle électoral : François Hollande est entré dans la période « critique »

 

Bruno Jérôme

Véronique Jérôme

 

Jeudi 29 septembre 2016

A sept mois du premier tour de l’élection présidentielle, François Hollande est entré dans la période « critique ». La courbe des demandeurs d’emploi n’a en effet pas encore atteint le point de retournement décisif, contrairement à certains de ses prédécesseurs en position de sortant.

 

Parmi les sortants qui ont vu la reconduction de leur camp, Jacques Chirac en 2007 et Edouard Balladur[1] en 1995 ont bénéficié d’un retournement de la courbe des demandeurs d’emploi au moins un an avant la présidentielle.

 

Paradoxalement, on notera le « couac » de 1986-1988, période à laquelle Jacques Chirac PM « cohabitant » échoue à la présidentielle alors que la courbe des demandeurs d’emploi s’est inversée quatre trimestres avant l’échéance.

 

De son côté, Lionel Jospin, lui aussi « cohabitant »,  a connu 19 trimestres de baisse du nombre de demandeurs d’emploi avant le retournement à la hausse fatidique du 3ème trimestre 2001.

 

Enfin, si l’on ne s’en tient qu’à cet indicateur du nombre de chômeurs, le sort de Valéry Giscard d’Estaing était scellé 13 trimestres avant l’échéance. Celui de Nicolas Sarkozy est resté incertain jusqu’à l’accélération du nombre de demandeurs d’emploi au second trimestre 2011.

 

[1] En tant que PM, certes malheureux à titre personnel.

Prévision politico-économique de la Présidentielle 2017 (vague 1)

 

Embellie sur le front du chômage : un mauvais scenario pour le FN ? 

 

 

Bruno Jérôme

Véronique Jérôme

 

 30 Avril 2016

Crédits : le jdd.fr

Analyse 

 

A voir aussi "Une reprise qui fait reculer le FN"

Le Journal du Dimanche 30 avril-1er mai, page 5.

 

 

Le rapport de force par grands blocs, droite et centre /gauche/FN

 

Au mois d’avril, la droite et le centre devancent de peu la gauche avec 38% de potentiel électoral contre 37,7 pour la gauche. Depuis mai 2012, la gauche n’a dominé la droite dans notre simulation qu’au premier trimestre 2016 à la faveur de « l’effet retard » du regain de popularité obtenu par François Hollande, en janvier 2016, suite aux attentats de décembre 2015.

Aujourd’hui cet effet est totalement gommé, et la gauche est au contraire pénalisée par la rechute de la popularité du chef de l’Etat. Cependant la stabilisation du taux de chômage autour de 10% depuis un an (plus sous l’effet des emplois aidés que d’une croissance insuffisante pour créer de l’emploi net) permet d’amortir l’effet précédent.

 

La baisse du chômage, cette ennemie du FN

 

On notera aussi que la stabilisation du taux de chômage entame progressivement le potentiel électoral du FN, ce qui permet un retour au bercail de certains électeurs « perdus » dans les bastions de gauche. Notre simulation donnait 28,8% des voix au FN en septembre 2013. Fin avril 2016, ce score simulé est de 24,3%. A noter que l’érosion de la popularité de Marine le Pen continue à accentuer cette tendance.

 

Rapport de force par partis politiques

 

Si l’on simule les voix par partis à partir des rapports de force par blocs du modèle, on constate que le candidat socialiste, avec 17,3% des voix, a pour l’heure peu de chance de se qualifier pour le second tour quel qu’il fût. La concurrence du Front de Gauche, de l’extrême gauche et d’EELV lui est fatale. Les trois formations concurrentes à la gauche du PS « gêlent» 20,4% des voix.

A droite et au centre, le potentiel de voix est de 32,4% des voix en dépit de la concurrence de Debout la France. C’est le score potentiel qu’Alain Juppé ou tout autre candidat vainqueur de la primaire à droite peut (potentiellement) atteindre à condition que François Bayrou ne se présente pas. Dans cette hypothèse, François Bayrou recueillerait autour de 12% des voix ce qui ramènerait le candidat LR à 20,4%.

 

Conjoncture économique aidant, en cas de candidature de Nicolas Sarkozy, François Hollande se rapproche de la qualification, mais…

 

Or, la victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite rendrait la candidature de François Bayrou quasi automatique. On comprend dès lors pourquoi François Hollande compte tant sur l’amélioration probable de la conjoncture économique d’ici à avril 2017, ce qui améliorerait mécaniquement le score de la gauche, en même temps que sa popularité, même s’il aura du mal à atteindre le seuil minimum (empirique) de 42% de satisfaits nécessaire (mais pas suffisant) pour l’emporter sous la Vème République.

A noter que dans l’hypothèse d’un second tour « classique » droite/gauche, notre simulation montre que le candidat de droite l’emporterait largement avec 54% des voix.

 

Mais pour l’heure, ce n’est pas le scenario le plus probable car c’est toujours la candidate du FN qui est qualifiée pour le second tour.

 

 

 

Méthodologie

 

Les prévisions électorales présentées ici sont issues d’un modèle « politico-économétrique » dont la particularité et de générer un potentiel électoral à partir d’un panel de données (spatio-temporelles) à la fois objectives et subjectives. Les données objectives sont d’ordre électoral (élections passées, bastions territoriaux, dates électorales « clés », reports moyens d’un tour à l’autre) et économique (variation du taux de chômage sur une année). Les données subjectives sont la crédibilité de l’exécutif (via la popularité du Président ou du Premier ministre en cohabitation) et l’écart de popularité préélectoral entre candidats.

Les simulations des scores du premier tour sont données à partir de trois équations, l’équation des « sortants », celle de l’opposition « hors  FN » et celle du FN.

L’équation du second tour donne une simulation du score droite/gauche dans l’hypothèse d’un duel classique.

On notera que le modèle génère d’abord des résultats par grandes régions, lesquels sont ensuite agrégés. A cet égard, nous proposons une simulation des rapports de force entre grands blocs au fil de l’eau depuis mai 2012, avec un rythme trimestriel puis mensuel depuis avril 2016. Enfin, nous donnons désormais une estimation par parti politique à l’intérieur de chaque grand bloc (Gauche, droite et centre, FN). Pour ce faire nous combinons les potentiels électoraux issus de nos estimations économétriques et les rapports de force internes à chaque famille politique révélés par les sondages préélectoraux (compilés par nos soins).

Cycle économique électoral du chômage :

A 14 mois de la présidentielle toujours pas d’inversion de la courbe du chômage

 

Bruno Jérôme

Véronique Jérôme

 

24 Mars 2016

Remanier sans se renier : la difficile entreprise de François Hollande

 

Ou comment faire un gouvernement de combat …sans combattants

 

Véronique Jérôme                             

Bruno Jérôme

 

10 février 2016

  • Remaniement technique ou …plus si affinité ?

Doit-on s’attendre à un remaniement technique dû aux départs de Sylvia Pinel (ministre du logement de l’égalité des territoires et de la ruralité) élue première vice-présidente de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et, au départ de Laurent Fabius,  futur président du Conseil constitutionnel ou, aura-t-on plus si affinités ?

Car au-delà de la simple question un peu protocolaire, il y a la question de fond : un remaniement pour quoi faire ? Pourquoi maintenant ? Et que peut en attendre le principal  intéressé à savoir le chef de l’Etat en fin de mandat et déjà virtuellement en campagne pour 2017 ?

  • Remaniement pour une reconquête de l’opinion

Il est en effet impossible de ne pas voir dans cette opération un objectif stratégique de reconquête. Reconquête de l’opinion : une nécessité pour un Président qui de nouveau affiche une crédibilité peau de chagrin ; reconquête de la confiance en général, car elle est le ciment indispensable à l’action politique.

Que penser d’un remaniement à cet instant du calendrier, c’est-à-dire à moins d’un an et demi de la fin du mandat ? Peut-on en espérer un quelconque bénéfice ? Un effet booster sur les réformes ? Et surtout sur les résultats de ces réformes ? S’agissant des mesures sur le marché du travail, on sait néanmoins que des phénomènes d’hystérèse sont inévitables, tant les ajustements et les réactions  sont chronophages.

 

  • Mais sous la V° : rares sont les gains en popularité  issus des remaniements

De surcroît, il semble au regard de nos travaux (http://www.electionscope.fr ) qu’il y ait peu à attendre d’un remaniement, en termes de supplément de popularité présidentielle.

A l’exception de Charles de Gaulle qui a pris 6 points en 1968 (Ifop) en remplaçant Georges Pompidou par Maurice Couve de Murville, ou dans une moindre mesure les 3 points gagnés par Nicolas Sarkozy  pour le passage de Fillon 1 à Fillon 2 en novembre 2010 ; force est de constater que dans les autres cas les effets furent au mieux nuls mais le plus souvent négatifs (stabilité de la popularité de François Mitterrand sur mars-avril 1992, mais jusqu’à 6 points de perte pour Valéry Giscard d’Estaing sur juillet-septembre 1976). Enfin, lors du dernier remaniement, lorsque Manuel Valls  a remplacé Jean-Marc Ayrault à Matignon, la popularité de François Hollande est passée de 23% de satisfaits (Ifop JDD mars 2014) à 18% en avril, soit une baisse de 5 points. Notons qu’aujourd’hui le chef de l’Etat bénéficie d’une cote avant remaniement comparable à celle de 2014, il est à 24% de satisfaits (Ifop JDD).

  • Un remaniement rassembleur

Un remaniement rassembleur d’une majorité gouvernementale élargie pour les besoins du prochain rendez-vous électoral. L’idée consiste à profiter de cette occasion pour faire une sorte d’ouverture, mais une ouverture en interne. Le gouvernement réduit à une expression sociale-libérale depuis le départ de Christiane Taubira pourrait prendre le chemin d’un élargissement en intégrant des écologistes compatibles ? Mais pourrait-il aller plus loin ? Plus à gauche ? Pourra-t-il n’en retirer que des avantages sans les inconvénients ? Difficile à croire, et dans ce cas il conviendra de se limiter à une démarche dite de second best, un moindre mal en tentant de minimiser les pertes à défaut de pouvoir maximiser les gains.

Une recherche de la quadrature du cercle en quelque sorte, qui consisterait à faire une ouverture de façade en ouvrant grand la porte aux hommes et pas à leurs idées. Une équation sous tant de contraintes que la recherche d’un équilibre stable et durable semble bien illusoire.

 

  • Au final on risque d’avoir un remaniement pour …FAIRE sans DEFAIRE

Faire un gouvernement dit « de combat »  … sans combattants, sans  profils trop clivants, sans ministres  trop revendicatifs qui réclameraient une modification du cap de la politique économique.

 

Le problème est, que c’est justement, de ces « combattants » que François Hollande pourrait – s’il est candidat- avoir besoin dès le premier tour de 2017 …